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P'tit déj avec ...

Nicola Sirkis, chanteur, guitariste et parolier, du groupe Indochine

le 10/03/2010 06:00

Nicola Sirkis

zoom

 

Vous êtes revenu hier soir sur la scène du Zénith de Strasbourg. Le concert était complet dix jours avant le jour J. Cette deuxième date était-elle prévue au départ ?

Pas du tout ! Je ne m’y attendais pas. Quand on me l’a annoncé, je ne pensais pas qu’on remplirait encore une salle de 10 000 personnes. C’est irrationnel. Je pense que les gens se rendent bien compte que nous les respectons.
Vous êtes sur scène depuis trente ans.

Quel est votre public aujourd’hui ?

Il réunit trois générations : les enfants, les fans des années 80 et les ados qui sont touchés par nos textes. Le public est très large.

Est-ce un phénomène que vous recherchez ?

Nous ne cherchons rien. Coûte que coûte j’ai continué même pendant les périodes les plus difficiles des années 90. C’est la preuve que les morceaux sont intemporels.

Vous êtes auteur des textes, n’est-ce pas ?

J’écris toujours les textes mais de temps en temps je les co-écris. Pour le dernier album, j’ai fait appel à Suzanne Combo, l’ex chanteuse de Pravda ou encore aux romancières Ann Scott et Camille Laurens… J’aime cette dualité dans l’écriture.
Je me rends compte qu’elle a toujours lieu avec des filles.

Qu’est-ce qui vous inspire ?

Tout. La vie. Ma vie. La vie des autres, leur passé. Les générations. La littérature. Une émotion le temps d’une seconde, d’une vie. Même si un de mes meilleurs amis m’a dit « Tu passes ton temps
à écrire toujours la même chanson. »

Et qu’est-ce que celle-ci raconterait ?

La passion arrêtée. Le sentiment d’inachevé que l’on ressent dans une vie. Que du bonheur, c’est insupportable ! Mon grand-père me disait quand j’avais 10 ans « Le bonheur parfait, c’est impossible. » Je trouvais ça injuste. Ça me révoltait. Il avait raison, même si je sais aujourd’hui qu’on peut fabriquer son bonheur, et surtout ne pas l’attendre des autres. Cela dit, je travaille sur la désillusion humaine du monde des adultes, le monde irraisonnable.

De quoi parlez-vous ?

Est-ce raisonnable de mentir, de tromper une partie du monde ? La dernière crise économique, c’est le résultat du mensonge des banquiers à leurs clients et aux Etats. Est-ce raisonnable ce qui se passe en Grèce ? Un ministre a menti sur le bilan financier de son pays pour entrer dans l’Europe !

Ce mensonge est-il le même dans votre propre vie ?

La cour de récré dans laquelle j’étais à 15 ans, est la même que celle dans laquelle je suis aujourd’hui. On se bat dans n’importe quelle entreprise. Moi, je me sens beaucoup plus adulte que certains chefs d’Etat ou de gouvernement. C’est d’ailleurs le même constat qu’avait fait Jerome David Salinger, cet écrivain américain décédé récemment et que j’admire. A la fin de sa vie, il s’était réfugié dans sa maison pour éviter le spectacle du monde. Que vais-je dire à ma fille de huit ans à qui j’ai raconté que le Père Noël existe ?

Vous ne croyez plus au Père Noël. ?

Plus du tout ! Quand ma fille avait 4 ans, j’ai déjà dû lui expliquer ce qu’est un croque-monsieur.
Pas évident à expliquer !

Que lui avez-vous raconté ?

Que c’est un sandwich ! (rire)

Vos chansons sont-elles militantes ?
Envoient-elles des messages ?

Je n’ai pas de leçons à donner. Je ne parle pas de moi mais des gens et c’est ce qui plaît, je crois. J’ai fais une chanson sur l’anorexie alors que personne de mon entourage n’est concerné par cette maladie. Mais les mots que j’ai employés ont touché ceux qui la connaissent de près. Je ne juge pas. J’écoute.

Est-il vrai que vous aviez envie de devenir journaliste ?

Journaliste ou pilote d’avion. Je me souviens que je faisais un journal. Je faisais tout : le titre, les articles, la mise en page au feutre… J’avais entre 12 et 15 ans. C’était un hebdo édité à un exemplaire que je donnais à ma mère. C’était mon jardin secret. Je faisais des critiques de films, de disques.
Je suis passionné par le journal parce que sa création est comme un artisanat.

Lisez-vous la presse ?

Je lis surtout Le Monde et curieusement La Croix et le reste sur Internet. Et toujours l’Huma dans les avions.

Qu’est-ce qui a changé pour vous en 30 ans ?

J’étais beaucoup plus inconscient mais c’est toujours fou d’être sur une scène devant des centaines de personnes.
C’est un miracle. Aujourd’hui, je sais ce qu’il faut faire et comment il faut le faire pour produire de beaux concerts tout en adoptant des tarifs accessibles. Le but n’est pas pour moi de m’enrichir. Le public m’a amené à vivre de ma passion alors je ne veux pas le piller. Ce qui a beaucoup changé aussi, ce sont les salles de spectacle comme le Zénith de Strasbourg.

Qu’est-ce qui n’a pas changé ?

Sur une scène, le rock reste un espace de liberté incroyable. On peut y dire ce qu’on veut et même allumer une cigarette. Et quand bien même cela sera interdit, jamais on ne pourra interdire au public de crier, de sauter ou de danser.

Tous vos prochains concerts sont pleins. Où aura-t-on la chance de vous applaudir ?

Il y a des rumeurs persistantes concernant ma venue à la Foire aux vins de Colmar !

 

INFO

Voir vidéo sur www.citystrass.fr

A. H.

 


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